1 février 2019 | Mark and Tom Delaney | 0 commentaires

Pour une éthique des voyages en avion

Introduction, par Andrew Shepherd

J’agis avec A Rocha depuis sa création en 2007 en Aotearoa-Nouvelle-Zélande, et je suis aussi très lié à Servants to Asia’s Urban Poor. Il y a des parallèles intéressants à faire entre ces mouvements, nés tous deux dans les années 1980 lorsque des hommes et des femmes ont voulu croire dans l’amour de Dieu pour la terre (Peter et Miranda Harris, A Rocha) et pour les plus démunis (Viv Grigg, Servants) et ont changé de vie pour transformer cet amour en actes. Un couple d’Australiens, Mark et Cathy Delaney, a pris une décision similaire en 1995; en déménageant de l’Australie des classes moyennes aux bidonvilles d’Inde, à la recherche du Christ et à son service parmi les populations urbaines pauvres. Chaque fois qu’ils revenaient en Australie, ils étaient choqués par l’abondance toujours plus grande et l’indifférence au problème du changement climatique. Écrit par Mark et son fils Tom, le livre Low Carbon and Loving It met les Occidentaux au défi d’adopter un mode de vie plus durable, pour le bien des pauvres et de la planète.

En nos temps d’aviation low cost, on a l’impression que tout le monde prend l’avion à tout bout de champ. Or les transports aériens représentent 2,5 % des émissions totales de carbone dans le monde. Un seul vol long-courrier constitue la majeure partie de votre empreinte carbone annuelle. Quelle différence peuvent faire nos choix individuels ? Voici l’analyse économique par laquelle les Delaney démontrent que les décisions que nous prenons pour voyager sont importantes.

Article de Tom Delaney, publié pour la première fois le 17 février 2018

Quand notre livre Low Carbon and Loving It est sorti, on m’a posé une question difficile : « Il y a des vols chaque jour entre Sydney et Johannesburg. Que je prenne ou pas cet avion, il fera le trajet. Quelle différence est-ce que cela fait, que je prenne ou pas l’avion ? »

Un Boeing 747-400 de Qantas décollant de l’aéroport de Sydney (photo de Damien Aiello, licence CC-BY-SA-4.0)

Un Boeing 747-400 de Qantas décollant de l’aéroport de Sydney (photo de Damien Aiello, licence CC-BY-SA-4.0)

Beaucoup d’entre nous se sont posé cette question. Il est tentant de raisonner ainsi, car cela nous permet de réduire la responsabilité de nos actes. Mais notre choix de prendre ou pas l’avion fait bien une différence.

Le meilleur moyen de le démontrer est de faire remarquer que le poids d’un avion influe directement sur la portance requise, donc sur sa consommation de carburant. Si votre siège est occupé, l’avion produira plus d’émissions que s’il reste vide. Cet argument, quoique indiscutable, n’est pas pertinent : quand un avion décolle, les passagers et leurs bagages ne représentent que 20 à 25 % de son poids total. Un avion de 260 places moyen pèse 160 tonnes à vide, sans passagers ni carburant : près de 400 kg par siège. Si nous considérons que l’empreinte carbone de nos voyages en avion résulte uniquement du poids que nous ajoutons à l’appareil, nous allons sous-estimer significativement notre part d’émissions.

Mais il y a un argument plus complexe, et aussi plus précis :

Prenons un vol quotidien à 80 % de capacité : en général, 4 sièges sur 5 sont occupés dans les avions de cette ligne. Supposons qu’une proportion, petite mais significative, de ces passagers décide de ne pas prendre l’avion pendant un certain temps, mais d’utiliser d’autres moyens de transport ou de moins voyager. Le remplissage des avions baisse à 70 % de leur capacité. Les bénéfices de la compagnie sont écornés et elle décide donc de réduire la fréquence de ses vols à 6 par semaine. Mais quelques passagers ont besoin de voyager un autre jour de la semaine et ne prennent pas ces vols, le remplissage moyen baisse encore et les émissions chutent.

Celui qui me questionnait avait raison : acheter ou non un billet ne changera absolument rien au fait que cet avion précis volera aujourd’hui. Mais cela influera sur le nombre de vols futurs, puisque l’offre baisserait en réponse à la baisse de la demande.

Qantas Boeing 747–400 by Aero Icarus (licence CC-BY-SA-2.0)Il est tentant de nous imaginer que nous ne sommes pas tellement responsables des émissions des avions que nous prenons. Pourtant, les faits montrent le contraire. À mon grand regret, un vol international aller-retour peut produire environ 2 tonnes d’équivalent de CO2, une bonne part de l’empreinte carbone annuelle d’un individu. En prenant l’avion pour aller d’Australie en Inde, je vais utiliser environ 4 mois de mon empreinte carbone raisonnée en un jour seulement. Il y a bien des manières de résoudre ce dilemme : en essayant de réduire la fréquence de mes vols, en parcourant une partie de la distance par voie de terre, en compensant mes émissions. Je fais tout cela. Ce que je ne fais jamais, c’est de nier ma responsabilité.

Que pouvez-vous faire ? Allez sur le site Climate Stewards d’A Rocha. Calculez votre empreinte carbone, réduisez ce que vous pouvez et compensez le reste.

Petite image : Boeing 747–400 de Qantas (photo d’Aero Icarus, licence CC-BY-SA-2.0)

Traduction: Suzanne Assénat

Catégories: Réflexions
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