2 janvier 2018 | Dave Bookless | 0 commentaires

Peut-on vivre une vie abondante sans dévaster la planète ?

Sur la base d’une présentation orale tenue à l’université de Hong Kong le 1er juin 2017

Hong Kong University Abundant Life conference poster

Qu’entendons-nous par ‘vie abondante’ ? Les cultures occidentales et orientales tendent à valoriser le ‘succès’ en termes de prospérité, richesse, santé, longévité et sécurité, et de plus en plus au 21ème siècle également en termes de liberté et de mobilité (autonomie). Cependant, nous sommes confrontés à ce paradoxe selon lequel, qui plus est avec la croissance rapide de la population mondiale, la poursuite de ces objectifs exerce une pression croissante sur l’environnement naturel, ainsi que sur la stabilité sociale et économique. Chacun des trois piliers conventionnels du développement durables – économique, social et écologique – est mis à rude épreuve. Les systèmes économiques fondés sur l’approvisionnement inépuisable en énergies fossiles bon marché et la demande en produits de consommation jetables entrent en conflit avec les limites de la planète, dans lesquelles nous devons rester pour assurer sa viabilité à long-terme.

De plus, il devient de plus en plus évident que la richesse matérielle au-delà d’un certain niveau engendre un stress psychologique et social qui déstabilise les individus et des sociétés entières. Nous avons clairement besoin d’un développement économique qui augmente le niveau de vie des populations les plus pauvres, afin que les besoins élémentaires de chacun soient satisfaits, mais ‘la croissance pour la croissance’ doit être remise en question. A quoi sert la croissance ? Les économies peuvent-elles être repensées de manière à être plus circulaires ou même régénératrices dans leur utilisation des ressources naturelles ? L’économie peut-elle accepter que l’environnement n’est jamais une externalité ?

Ces questions requièrent une approche différente de la notion de ‘vie abondante’. Le naturaliste Jonathon Porritt a écrit ‘Il n’y a que peu de sources d’autorité (encore moins de sagesse) pour relever ces défis qui ne dérivent de sources religieuses ou spirituelles’ [1]. Lorsque Dieu proposa au roi Salomon de lui offrir ce qu’il désirait, ce dernier ne choisit pas l’argent, les possessions, la santé, la sécurité ou le pouvoir … mais la sagesse. [*] La sagesse, comme moyen de comprendre la réalité, est différente de la connaissance scientifique et l’analyse rationnelle. C’est un moyen de connaître le monde ‘relationnellement’. . Selon sa définition biblique, elle consiste principalement à ‘connaître notre place’ dans le monde : nous connaître nous-même en relation avec Dieu, les autres et la nature.

Une vie véritablement abondante ne se trouve pas dans l’abondance de possessions matérielles, mais dans la qualité de nos relations. Jésus a dit, « Gardez-vous avec soin de toute avarice; car la vie d’un homme ne dépend pas de ses biens, fût-il dans l’abondance. » [*] Nous devons encourager les valeurs et les vertus essentielles dans notre poursuite d’une vie abondante, et nous assurer que celles-ci transforment les trois dimensions clé de nos relations – avec Dieu, avec les autres et avec la nature. Elles doivent également être intégrées dans notre système éducatif – l’éducation de nos cœur et nos esprits, ainsi que dans notre vie économique. En termes de valeurs et vertus bibliques qui peuvent être généralisées à travers les cultures et les idéologies, je suggère que nous devrions favoriser :

L’interdépendance : nous sommes tous dans le même bateau – tous les êtres humains égalitairement créés à l’image de Dieu et les créatures non-humaines, envers lesquelles nous sommes appelés à refléter l’image créatrice et aimante de Dieu. Nous avons besoin les uns des autres et nous dépendons les uns des autres. La vertu de l’émerveillement encourage notre sens de l’interdépendance – la prise de conscience que toutes choses sont reliées et que la vie est un don précieux.

La relation : une orientation vers les autres – ne pas chercher la satisfaction dans l’accomplissement personnel, mais en observant les autres – et la nature – s’épanouir. Être véritablement humain signifie être ‘excentrique’, dans le sens d’être centré non pas sur nous-même, mais sur ‘l’autre’ – trouver notre joie dans l’épanouissement des autres personnes et des autres créatures. La vertu de l’humilité reconnaît que nous sommes fondamentalement liés à l’humus – la terre à partir de laquelle toutes choses ont été créées, et que le dirigeant a un cœur serviable.

Le localisme : l’enracinement et le sentiment d’appartenance aux lieux où Dieu nous place ; la sagesse valorise la connaissance de notre environnement local, car c’est seulement ainsi que nous avons l’impression d’appartenir à quelque part. Différentes études montrent que les individus et les entreprises sont plus enclins à détériorer l’environnement lorsqu’ils sont éloignés des lieux où leurs matières premières, leurs produits et leurs vies ont des conséquences. Tout comme Salomon connaissait les oiseaux, les animaux et les plantes de son royaume [*], nous devrions apprendre à connaître l’écologie de notre environnement local et partager cette connaissance. La modération est une vertu écologique essentielle qui découle à la fois de l’observation des impacts de nos votes, nos achats et nos vies sur nos prochains et les autres créatures, et du souhait de réduire ces impacts préjudiciables.

Le holisme : avoir une vision d’ensemble ; reconnaître notre empreinte et son impact, et prendre en considération les besoins de l’ensemble du système planétaire. L’évangile chrétien ne doit jamais être réduit au salut individuel ou aux ‘valeurs spirituelles’. C’est le plan de Dieu pour le renouveau et la rédemption de tout l’univers en Christ. Les vertus chrétiennes centrales que sont la foi, l’espérance et l’amour [*] ne sont pas des sentiments chaleureux destinés aux offices du dimanche matin, mais des attitudes concrètes à adopter sur notre lieu de travail, dans notre foyer, en faisant nos achats et dans toutes nos interactions avec la bonne création de Dieu. La foi, l’espérance et l’amour de Dieu font partie de Ses plans de renouveler toute chose en Christ – et doivent donc faire partie des nôtres.

[1] SDC/WWF-UK (2005). Sustainable Development and UK Faith Groups: Two Sides of the Same Coin? Londres, Sustainable Development Commission.

Traduction : Valérie Coudrain

Catégories: Réflexions
Sur Dave Bookless

Dave Bookless : engagé à A Rocha depuis 1997, cofondateur (avec sa femme Anne) d’A Rocha Grande-Bretagne en 2001, il est actuellement Directeur pour la Théologie et les Eglises d’A Rocha International. Auteur et conférencier, il a une passion pour partager les enseignements de la Bible dans les cultures d’aujourd’hui. Il a participé à la rédaction de nombreux livres et a lui-même écrit «Planetwise – Dare to Care for God’s World» et «God Doesn’t do Waste». Il travaille à temps partiel à un doctorat de l’Université de Cambridge sur la théologie biblique et la sauvegarde de la biodiversité. Ayant grandi en Inde, il habite avec sa femme et ses 4 filles à Southall, une banlieue multiculturelle de Londres, où il partage le pastorat d’une église anglicane multiraciale et essaie avec sa famille de vivre de la manière la plus durable possible. Il est aussi ornithologue (bagueur certifié) et aime les oiseaux, les montagnes et les îles.

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