13 mars 2017 | Dave Bookless | 0 commentaires

Nourrir la planète et l’agriculture que Dieu nous enseigne

Lorsque j’ai étudié l’histoire moderne à l’université dans les années ‘80, nous avons abordé la ‘Révolution verte’ en Inde. Afin de nourrir une population croissante et remédier aux famines récurrentes, un investissement massif a été opéré dans les années 1960-70 en faveur d’une ‘agriculture moderne’, avec de l’irrigation, des semences améliorées, une mécanisation des pratiques, et un fort recours aux insecticides et aux pesticides. La ‘Révolution verte’ a été considérée comme un exemple de progrès : comment la technologie pouvait tous nous sauver et nourrir le monde.

Aujourd’hui, les choses sont vues sensiblement différemment. Oui, la productivité s’est accrue initialement, et on a prétendu à l’époque que des millions de personnes ont été libérées de la faim, mais à quel prix. Les coûts sociaux et économiques sont complexes  analyser, mais les petits agriculteurs se sont notamment retrouvés sous la coupe des  créanciers et des multinationales. Les agriculteurs habitués à vivre de leurs terres se sont vus entraînés dans une économie monétaire et souvent dans les dettes : on estime que 300,000 agriculteurs indiens se sont suicidés depuis 1995. D’autre part, les coûts en matière de santé : bien que certains le conteste, l’utilisation indiscriminée d’additifs chimiques semble avoir eu de sévères conséquences sur l’eau potable, la mortalité et le handicap infantile et d’autres maladies. L’État du Penjab, connu en tant que grenier à blé de l’Inde, a été décrit (*) comme étant « aux prises avec une crise environnementale et sanitaire terrible résultant de pratiques agricoles intensives basées sur une utilisation massive de produits chimiques et de pesticides au cours des dix dernières décennies. » Le Penjab compte 2.5 % des surfaces agricoles de l’Inde et utilise 18 % de la totalité des pesticides utilisés en Inde.

Les coûts environnementaux ont été conséquents à plusieurs niveaux. Les monocultures à large échelle et l’usage intensif d’insecticides ont inévitablement réduit la biodiversité, aussi bien à l’intérieur des zones agricoles que dans les espaces ‘naturels’ alentours. L’effondrement des populations d’abeilles à travers le monde pourrait bien être un signe avant-coureur de mauvaises nouvelles liés aux impacts des produits chimiques sur les écosystèmes [*]. Qui plus est, la fertilité des sols a été peu à peu détruite, exigeant un usage toujours plus important de fertilisants. Non seulement une spirale de dépendance aux énergies fossiles s’établit (essentielles pour la production de fertilisants inorganiques), mais la fertilité des sols est réduite à néant.

Dirigeants d’églises près de la Forêt de Dakatcha, Kenya, apprennent comme faire le “Farming God’s Way”

Dirigeants d’églises près de la Forêt de Dakatcha, Kenya, apprennent comme faire le “Farming God’s Way”

Cela m’amène à me poser quelques questions : peut-on nourrir le monde sans détruire les communautés, les cultures et la création ? Que nous enseigne la Bible sur le sol, l’agriculture et l’utilisation des terres ? Plus qu’il n’y paraît ! Si vous souhaitez approfondir ce thème, je vous conseille vivement le livre d’Ellen Davis Scripture, Culture and Agriculture: An agrarian reading of the Bible. Un point central de cet ouvrage – et de la Bible – est de reconnaître que les terres ne sont pas une marchandise, mais un bien commun qui nous appartient à tous. Nous somme, originellement, tirés du sol : Adam de adamah, la poussière de la terre. Le sol, nous le savons maintenant, n’est pas un objet inanimé, mais une communauté de millions de microorganismes. L’empoisonner avec des fertilisants et des pesticides synthétiques détruit sa vie et sa capacité à se renouveler. C’est pourquoi la ‘Révolution verte’ a été un échec sur le long terme. Elle n’a pas respecté l’intégrité du sol ni le savoir local des populations qui ont vécu en relation étroite avec leurs terres pendant des siècles.

C’est également pour cette raison que ‘Farming God’s Way’, qui travaille dans plus de 20 pays africains de l’Angola au Zimbabwe, apporte une solution réelle aux petits agriculteurs et contribue à nourrir les populations et à restaurer la biodiversité… tout cela basé sur les principes bibliques appliqués au contexte africain. A Rocha Kenya (*) et A Rocha Ouganda (*) pratiquent l’agriculture à la manière de Dieu depuis des années. Des résultats incroyables peuvent être obtenus en utilisant des semences locales, des méthodes biologiques de contrôle des ravageurs, le compost et les résidus de récolte comme fertilisants et pour préserver l’humidité des sols (‘couverture de Dieu’), et en associant ces pratiques à un enseignement biblique et scientifique sur l’interdépendance de la création ! Un email récent du Kenya rapporte qu’une culture d’oignons sur une parcelle agricole gérée à la manière de Dieu a eu un rendement 5x supérieur à la parcelle conventionnelle voisine, et cela dans des conditions de sécheresse.

Et votre jardin, comment pousse-t-il ? Que l’on cultive ou non de la nourriture, nous en consommons tous. Si Dieu nous a créé pour être relié l’un à l’autre par un cordon ombilical, à toutes les créatures et à la terre, alors ce que nous mangeons, comment et ou nos aliments poussent, et ce que nous y ajoutons, a vraiment de l’importance. Dans un monde où des millions de personnes souffrent toujours de la faim et où la biodiversité disparaît, il est également important de soutenir et développer des programmes tels que ‘Farming God’s Way’ : par égard aux plus pauvres, à la planète et à Dieu.

(*) Liens en anglais

Traduction: Valérie Coudrain

Catégories: Réflexions
Sur Dave Bookless

Dave Bookless : engagé à A Rocha depuis 1997, cofondateur (avec sa femme Anne) d’A Rocha Grande-Bretagne en 2001, il est actuellement Directeur pour la Théologie et les Eglises d’A Rocha International. Auteur et conférencier, il a une passion pour partager les enseignements de la Bible dans les cultures d’aujourd’hui. Il a participé à la rédaction de nombreux livres et a lui-même écrit «Planetwise – Dare to Care for God’s World» et «God Doesn’t do Waste». Il travaille à temps partiel à un doctorat de l’Université de Cambridge sur la théologie biblique et la sauvegarde de la biodiversité. Ayant grandi en Inde, il habite avec sa femme et ses 4 filles à Southall, une banlieue multiculturelle de Londres, où il partage le pastorat d’une église anglicane multiraciale et essaie avec sa famille de vivre de la manière la plus durable possible. Il est aussi ornithologue (bagueur certifié) et aime les oiseaux, les montagnes et les îles.

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