9 octobre 2017 | Chris Naylor | 0 commentaires

Médecine environnementale

J’ai récemment passé une semaine dans les Caraïbes à l’invitation de la St Luke’s Society, un groupe extraordinaire de personnel médical engagé pour servir les communautés les plus démunies en Amérique centrale et du Sud. Du Mexique au détroit de Magellan, ces héros de l’évangile se dévouent corps et âme pour fournir des abris sûrs aux femmes et des enfants victimes de violence, des solutions de réinsertions pour les toxicomanes et souvent les seuls soins médicaux accessibles pour les communautés extrêmement pauvres.

La sortie sur le terrain organisée dans le cadre de la conférence s’est déroulée à la périphérie du bidonville de Santa Dominica, où nous avons été directement confrontés à ces défis. Nous avons rencontré quelques-unes des 50 000 personnes qui dépendent de la clinique de St Luke pour tous leurs soins médicaux, ainsi qu’une partie des centaines d’enfants qui, sans l’école St Luke, seraient laissés à eux-mêmes dans les rues (très dangereuses) toute la journée.

Habituellement, lorsque j’enseigne sur la dégradation de l’environnement ou sur les bases bibliques de la protection de la création, je m’adresse à une audience de protecteurs de l’environnement convaincus des crises, mais sceptiques quant à l’importance de la foi, ou alors à des groupes de chrétiens dont la foi est solide, mais qui se demande en quoi la santé physique de la planète les concerne !

En Europe et aux Etats-Unis, des auditeurs privilégiés m’ont souvent interpellé  en disant quelque chose comme : « La protection de la nature est louable pour nous, le riche Occident, nous pouvons nous permettre d’avoir une conscience environnementale, mais qu’en est-il des pauvres – ils ne peuvent pas se permettre de s’en préoccuper – n’est-ce pas ? »

J’ai donc rassemblé des données, graphiques et illustrations montrant que nous dépassons déjà largement les limites d’une utilisation durable de la planète. Les diapos résultant de cette recherche sont un cortège de mauvaises nouvelles :

Vautour indien (Gyps indicus) – © Vaibhavcho, CC-BY-SA-3.0

Vautour indien Gyps indicus – © Vaibhavcho, CC-BY-SA-3.0

Je me suis également armé d’une citation puissante de Dr Paul Brand, un docteur américain pionnier dans la prise en charge des patients lépreux en Inde :

«Je renoncerais volontiers à la médecine dès demain si cela me permettait d’avoir une influence sur les politiques en matière de boue et de sol. Le monde va mourir du manque d’eau pure et de sol, bien avant qu’il ne meurt d’un manque d’antibiotiques ou de compétences et connaissances chirurgicales.»

Je n’aurais pas eu besoin de me soucier de persuader mon audience. Les membres du groupe m’ont attesté eux-mêmes des symptômes du malaise environnemental au travers de leur propre expérience : pluies imprévisibles, inondations, mauvaises récoltes, nouveaux profils de maladie et pressions exercées sur la communauté en raison de la dégradation graduelle des ressources naturelles. Ils m’ont également parlé des effets des dysfonctionnements environnementaux sur les plus pauvres, avec le message fort que le riche Ouest, détaché de ces problèmes, ne prend pas au sérieux ses responsabilités environnementales, alors que les pauvres en portent les conséquences.

Mais c’est le récit de l’amour de Dieu, et donc de l’espoir pour la planète, qui a trouvé un écho profond chez les médecins et les travailleurs communautaires. Ils avaient déjà l’intuition que l’être humain ne peut prospérer que dans un environnement sain, mais maintenant, ils voyaient leur propre aspiration pour une intendance responsable de la création directement exprimée dans les écritures.

Beaucoup ont éprouvé le sentiment de voir les pièces d’un puzzle trouver finalement leur place, lorsqu’en parcourant le premier chapitre de l’Épître aux Colossiens, nous avons pris très au sérieux l’affirmation que « toutes choses » sont réconciliées en Christ. Christ a aboli les conséquences du péché de l’humanité lors de la chute ; il a restauré la relation entre les hommes, Dieu et la terre. Les ministères représentés à la conférence travaillent pour apporter cette réconciliation dans leur communauté. Ceux qui avaient déjà un aspect environnemental dans leur projet sont repartis encouragés, et beaucoup d’autres ont affirmé leur souhait de commencer à intégrer la préservation de l’environnement dans leur travail médical. Je suis donc rentré encouragé moi aussi !

Traduction : Valérie Coudrain

Catégories: Réflexions
Sur Chris Naylor

Avant de rejoindre A Rocha, Chris s’est forgé une large expérience dans l’enseignement des sciences et la gestion d’écoles au Royaume-Uni et au Moyen-Orient, un parcours durant lequel il étudia également à l’Institut Biblique et apprit l’Arabe (en Jordanie).

Il a rejoint l’association A Rocha en 1997 et occupé jusqu’en 2009 le poste de Directeur d’A Rocha Liban, dont il est le cofondateur. Il supervisa le programme de restauration de la zone humide d’Aammiq, le développement du projet d’éducation à l’environnement et le programme scientifique d’études de terrain qui a permis d’identifier 11 nouvelles zones d’importance pour la conservation des oiseaux.

Depuis avril 2010, il occupe le poste de Directeur Exécutif d’A Rocha International et est basé à Oxfordshire. Son livre, Cartes postales du Moyen-Orient : Comment notre famille s’est prise d’amour pour le monde arabe, a été publié aux éditions Lion Hudson en mars 2015.

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