21 mai 2018 | Peter Harris | 0 commentaires

L’œuvre de ses doigts

Il est facile, jour après jour, de fonctionner de façon de plus en plus technique dans le travail de conservation de la nature. Les défis sont immenses, les problèmes sont complexes et cela peut être vraiment dur de mesurer l’impact de ce que l’on fait sur la grande échelle du temps écologique qu’il faut respecter pour faire un travail qui en vaille la peine. Face au besoin de prendre en compte un si grand nombre de variables, nous pouvons être tentés de nous appuyer sur au moins une ou deux certitudes issues de la quantité croissante de données que chaque projet génère.

Pour prendre comme exemple un défi qui s‘énonce simplement: comment pouvons-nous protéger le reste vital de la forêt du littoral kenyan qui abrite des espèces d’oiseaux extraordinairement  rares et belles? Une fois que vous commencez à travailler sérieusement sur le problème, comme nos collègues kenyans l’ont constaté au fil des ans, vous réalisez bientôt que la réponse exige de répondre à toute une série d’autres questions. Qui de tous les gens sur place et de toutes les organisations locales ou multinationales est responsable de la destruction actuelle de cette forêt? A qui profite sa protection et qui pense y perdre? En fait, qu’est-ce qui constitue la communauté actuelle de cette forêt, humaine et autre, et qu’est-ce qui les fait  toutes prospérer? Et quel sera l’impact du changement climatique sur le nouveau projet planifié pour faire face à certaines des menaces que les points ci-dessus suggèrent?

Ainsi, de temps en temps, cela fait du bien de se faire rappeler, dans un registre complètement différent, à quoi nous avons affaire, ce que la création est. Je suis arrivé dans le domaine de la conservation avec une formation littéraire qui a vu mes années d’éducation formelle dédiées à la littérature et la théologie (oui, ’formel‘ est un drôle de mot à utiliser pour les programmes plutôt aléatoires des années 60 et 70).

Donc, bien que j’aie appris pourquoi et comment des données sont récoltées, pourquoi des protocoles et des évaluations d’impact sont des outils utiles, et pourquoi nous avons besoin de nous assurer que nos projets de conservation sont bien conçus, c’est la beauté des paysages et des espèces, d’un écrit éloquent et de la musique lyrique  qui sont ma véritable patrie, quand il s’agit d’apprendre, et non la science.

Des amis à moi qui trouvent que le langage scientifique est leur langue maternelle me disent qu’ils ont besoin de faire un gros effort pour écouter et détecter le “pourquoi” aussi bien que  le “quoi“ et que ces autres ‘langages de beauté’ continuent de les encourager au milieu des tâches familières et techniques qui sont leur labeur quotidien. Donc, c’est un cadeau pour mon âme de conservationniste lorsqu’une étude attentive d’un texte ancien peut soudain nous éclairer sur le pourquoi ce que nous sommes en train de faire compte vraiment.

Une expérience de cette sorte m’est arrivée l’autre jour alors que je traduisais le Psaume 8. J’essayais de saisir quelques unes des phrases qui semblaient décidément bien ou trop familières après ces années de formation. Le poème débute ainsi: “Oh, Eternel, notre Seigneur, que ta gloire est admirable sur la terre tout entière!” Jusque là, cela me semblait si familier. Mais ensuite, surprise! alors que j’arrivai au verset 3 qui me dit que le ciel, la lune et les étoiles sont l’ouvrage de ses doigts. Normalement, je trouve le mot ‘bras’ ou ‘main’ quand je lis dans l’Ancien Testament des textes où Dieu fait quelque chose. On ne voit ailleurs cette idée inhabituelle  du ‘doigt de Dieu’ que dans deux passages faisant référence à Dieu Qui écrit la loi sur des tablettes de pierre au Sinaï. Ceci me parle de sa précision, son attention, sa relation à tout ce qu’il a fait, de sa touche.

Nous amenons nos instruments techniques et brusques ainsi que notre langage approximatif pour répondre à cet appel à la conservation que nous réalisons dans tement de lieux, souvent au milieu de difficultés insurmontables. Mais peut-être que nous pouvons être encouragés de lire dans la magnifique poésie en hébreu qui résonne sur trois mille ans combien Dieu s’intéresse à ce dont nous essayons de prendre soin. Peut-être que nous pouvons aussi trouver une profonde consolation dans les saisons de lamentation que des endroits comme les forêts morcelée du Kenya peuvent provoquer.

Crédit photographique, de gauche à droite: Agrandissement de corail aux Seychelles, par Olivier Roux; ‘Howdy – ’Tis newt season’ (“Hé comment va? C’est la saison des tritons”) en Californie par Ken-Itchi Ueda; Baie Church, Rhydwyn, Pays de Galles par Kev Lewis; Sterne Fée Blanche, sur l’Atoll Midway, par James Watt/Bureau des Sanctuaires Marins Nationaux de NOAA. Ce collage est publié sous licence CC BY-NC-SA 4.0.

Catégories: Réflexions
Sur Peter Harris

Peter et Miranda s’ont déplacé au Portugal en 1983 pour établir le premier centre d’études sur le terrain d’A Rocha. Ensemble avec leurs quatre enfants, ils vivaient au centre depuis douze ans jusqu’en 1995 lorsque le travail a été consacrée à un leadership national. Ils ont ensuite déménagé à établir le premier centre A Rocha France près d'Arles, et y ont vécu jusqu’en 2010, assurant la coordination et dirigeant le mouvement mondial en croissance rapide. Ils sont maintenant de retour au Royaume-Uni où ils soutient la famille A Rocha dans le monde entier tout en étant plus proche de sa famille, et non moins leurs petits-enfants. Leur histoire est racontée dans Under the Bright Wings [Sous les ailes lumineuses] (1993) et Kingfisher’s Fire [Le feu du martin-pêcheur] (2008).

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