26 décembre 2017 | Dave Bookless | 0 commentaires

Le sabbat pour toute la création

Le mot sabbat a une connotation parfois problématique. Pour certains il représente la rigidité de l’époque victorienne: des vêtements amidonnés et inconfortables,  s’efforcer de gagner la faveur de Dieu et de longs services à l’église. D’autres se souviennent peut-être de manifestations  publiques de dernier ressort pour “Maintenir le dimanche comme un jour spécial” en empêchant l’ouverture des supermarchés.  Ma femme a passé son enfance sur les Îles Hébrides où une observation extrême du jour du sabbat voulait dire que jouer au football ou lancer un frisbee le dimanche était strictement tabou. De nos jours, le sabbat implique souvent toutes sortes d’interdits: “Ne fais pas ceci ou cela…. surtout si c’est une source de plaisir!”

“Jachère”, par Nicholas A. Tonelli – Creative Commons BY-2.0

“Jachère”, par Nicholas A. Tonelli – Creative Commons BY-2.0

 

Comme ceci est éloigné du plan de Dieu pour le Sabbat! Il est fait pour être une célébration joyeuse du fait que toute la création est bonne. Récemment, la richesse du sabbat m’a frappé tout à nouveau ainsi que sa justesse pour une humanité stressée, pour toutes les créatures opprimées et pour l’environnement exploité dont nous dépendons tous. Après tout, ceci n’est pas un thème secondaire dans la Bible. Le sabbat est:

Alors, Je suggère ici trois valeurs positives du sabbat qui font le lien entre Dieu, l’humanité et le reste de la création. Une chose importante que j’ai comprise est que ces valeurs du sabbat ne sont pas que pour un jour par semaine, de même que la prière n’est pas juste réservée à des moments fixes. Elles sont prévues pour pénétrer dans  notre vie toute entière, la mettre en perspective, donner un équilibre et une paix-shalom à notre vie de tous les jours.

Rythme de vie : nous sommes immergés dans une culture qui ne s’arrête jamais. Là où j’habite, à Southall, il y a des magasins ouverts et de la circulation 24h sur 24 et les rouges-gorges chantent à 3h du matin sous les lampadaires. Plus de 50% de la population mondiale vit maintenant dans des villes, souvent aliénée des rythmes naturels du jour et de la nuit, des marées et des saisons. Est-ce cela que Dieu prévoit? En Genèse 2.1–3 nous lisons que Dieu acheva son œuvre le septième jour, le bénit et le sanctifia. La plupart de nos traductions disent que “Dieu se reposa”, mais Dieu n’est jamais fatigué; et le terme hébreu signifie “arrêta de travailler” plutôt que “prit du repos”. Dieu n’a pas besoin de se préparer à un nouvelle semaine de travail: Terre 2.0!

Mais plutôt, (et ceci est mis en évidence par le fait que seul le 7e jour ne finit pas par “il y eut un soir, il y eut un matin…”) le fait que Dieu cesse de travailler correspond au fait d’être libéré de la tyrannie du temps qui passe. Faisant partie de la création, le temps est quelque chose que Dieu a destiné à être bon. Pourtant-comme n’importe quoi dans la création- le temps peut devenir une idole. Il peut nous contrôler et devenir notre maître. Peut-être que vous connaissez le surnom des occidentaux comme “ceux qui ont Dieu à leur poignet” … ou dans leur portable? Le sabbat célèbre le temps kairos plutôt que le temps chronos. Il s’agit de savoir faire une pause au milieu de notre programme et se reconnecter aux rythmes que Dieu nous a donnés au coeur de la création. Pour moi, cela veut dire sortir en plein air régulièrement, marcher, observer écouter et me connecter à la voix de Dieu qui me parle au travers de la création.

Racines : Le sabbat détrône les humains de l’idée préconçue et arrogante que nous sommes la seule préoccupation de Dieu. C’est le sabbat, et non l’humanité, qui est la couronne et le point culminant de la création de Dieu.   Nous partageons le 6e jour avec les babouins, les bisons et les boas constricteurs, mais le 7e jour est le jour de la bénédiction – le jour mis à part – qui complète et sanctifie la création. Le sabbat est une célébration de la création physique et, en tant qu’ entités physiques et spirituelles, il nous enracine dans les lieux où Dieu nous a plantés. En notre qualité de créatures, nous avons un lien avec et dépendons du reste de la création. Le sabbat nous aide à savoir quelle est notre place et fixe des limites à notre façon d’utiliser la terre. Il nous rappelle que nous dépendons de Dieu et de la terre pour tout: de la manne et des cailles dans le désert, un repos de sabbat chaque semaine et la 7e année pour la terre et les créatures, l’Année du Jubilé pour le sabbat des sabbats (7×7+1) pour nous aider à respecter la terre et lui permettre de respirer. Faire des cultures hyper-intensives, déverser des insecticides chimiques et des engrais à base de pétrole sur ce milieu vivant qu’est la terre est une forme d’idolâtrie car cela affirme que le profit à court terme est plus important que le développement durable, à long terme. Donc, la retenue est une vertu essentielle pour les agriculteurs, les scientifiques et les technologues. Nous avons affaire à notre propre système de survie ainsi que celui de la terre.

Renouveau : Jésus s’est relevé du tombeau un dimanche, le premier jour d’une nouvelle semaine, inaugurant par là une nouvelle création et un renouveau du Sabbat qui anticipe sur la destinée ultime de la création, lorsque toutes choses seront renouvelées.  Ces merveilleuses visions de shalom dans l’Ancien Testament où des bêtes sauvages et des humains vivent en paisible harmonie et connaissent la présence de Dieu sont des visions de Sabbat. Comme le disait une de mes filles quand elle était petite, après un merveilleux moment passé en famille: “C’est comme ça que la vie était prévue.” Le sabbat est une redécouverte de la vie comme Dieu l’avait prévue, dans toute sa beauté, sa diversité et sa plénitude. Cela nous redirige loin des priorités quotidiennes et élève nos coeur au niveau de la vision plus grande de Dieu “quand la terre sera remplie de connaissance de la gloire de Dieu comme les eaux recouvrent le fond des mers” (Habacuc 2.14)

Alors, il nous faut réclamer un sabbat pour toute la création. Revenons aux rythmes du monde de Dieu-même en ville-et étendons nos racines là où nous sommes plantés. Vivons avec retenue, en bonne relation avec nos frères et soeurs humains, créés comme nous. Puis réjouissons-nous dans le sabbat comme “une sorte de ce repos éternel”  (John Ray, 1691) lorsque toute création sera refaite à neuf en Christ.

Traduction : Irène Kelliny-Gaulis

Catégories: Réflexions
Mots clés: repos sabbat
Sur Dave Bookless

Dave Bookless : engagé à A Rocha depuis 1997, cofondateur (avec sa femme Anne) d’A Rocha Grande-Bretagne en 2001, il est actuellement Directeur pour la Théologie et les Eglises d’A Rocha International. Auteur et conférencier, il a une passion pour partager les enseignements de la Bible dans les cultures d’aujourd’hui. Il a participé à la rédaction de nombreux livres et a lui-même écrit «Planetwise – Dare to Care for God’s World» et «God Doesn’t do Waste». Il travaille à temps partiel à un doctorat de l’Université de Cambridge sur la théologie biblique et la sauvegarde de la biodiversité. Ayant grandi en Inde, il habite avec sa femme et ses 4 filles à Southall, une banlieue multiculturelle de Londres, où il partage le pastorat d’une église anglicane multiraciale et essaie avec sa famille de vivre de la manière la plus durable possible. Il est aussi ornithologue (bagueur certifié) et aime les oiseaux, les montagnes et les îles.

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