16 juin 2015 | Chris Walley | 0 commentaires

Carte postale de Chypre : ombre et lumière

Au mois d’avril dernier, des orages atypiques pour la saison se sont abattus sur Chypre. En déplacement sur l’île à la recherche de projets potentiels pour A Rocha, j’ai été frappé par les couleurs contrastées d’ombre et de lumière qui semblent caractériser l’île.

postcard from Cyprus - photo by Chris Walley

L’histoire de Chypre reflète ces jeux d’ombre et de lumière. Surgie de la mer méditerranée et accessible depuis l’Afrique, l’Asie et l’Europe, Chypre a toujours attiré les visiteurs. Ceux qui y sont venus pour faire du tourisme, du commerce ou y trouver refuge ont contribué de façon positive au développement d’une culture riche et variée. D’autres, moins bienvenus, sont également arrivés, tels les nombreux pilleurs et envahisseurs, marquant un côté sombre de l’histoire de l’île. Tous ou presque ont voulu leur morceau d’île, des phéniciens aux vénitiens, des byzantins aux britanniques. Ces derniers sont d’ailleurs encore présents, en tant qu’expatriés (65 000) ou résidents de la zone contrôlée par la base militaire britannique.

Les domaines de la politique et de la culture ont également leur part d’ombre et de lumière. Des millions de touristes ont profité de l’accueil chaleureux des chypriotes et de leur gaieté ainsi que de leur tolérance envers les excentricités du visiteur étranger. L’île attire particulièrement les britanniques qui ont trouvé en Chypre une place au soleil où on parle anglais et on roule à gauche ! L’ombre s’est installée sur l’île il y a quarante ans avec la séparation entre la République de Chypre de langue grecque reconnue par la communauté internationale et la République turque de Chypre du Nord non reconnue et isolée politiquement. Une vaste zone tampon et sous contrôle des Nations Unies sépare les deux. Il n’est pas nécessaire de rester bien longtemps pour se rendre compte que ce morcellement n’est pas seulement un fait d’histoire mais une blessure encore bien présente aujourd’hui. Le bruit que font les chasseurs-bombardiers qui décollent de la RAF (Royal Air Force) d’Akrotiri pour prendre la route vers l’est en direction de la Syrie ne fait que rappeler que l’ombre d’un nouveau conflit plane sur l’île.

Ces jeux d’ombre et de lumière sont également bien présents dans le domaine de l’environnement. La lumière provient de la riche faune et flore locales, complétées au printemps et en automne par des millions d’oiseaux migrateurs dont l’île constitue une étape majeure de leur voyage. Il y a aussi de nombreux projets lumineux comme la création du centre environnemental ultra-moderne d’Akrotiri ou encore l’excellent travail mené par l’organisation Birdlife Cyprus, ainsi que de nombreux autres projets de grande qualité pour la protection de l’environnement. Le côté obscur est lié aux effets dévastateurs de certaines activités humaines sur la faune sauvage, telles que la chasse, le piégeage, la déforestation ou encore l’urbanisation relativement incontrôlée.  Ce sont d’ailleurs les pratiques de capture d’oiseaux qui ont motivé la mission d’A Rocha. Bien qu’illégaux, les ambelopoulia, des oiseaux chanteurs cuits, sont suffisamment rentables pour que se crée une activité criminelle qui consiste à piéger les oiseaux migrateurs à l’aide d’un grand nombre de filets japonais et de bâtons chaulés. Les prises « accessoires » d’oiseaux non comestibles tels que les huppes, chouettes et faucons sont jetées aux ordures après avoir s’être fait tordre le cou. Il est très difficile d’y mettre fin, notamment parce que, de façon gênante, le plus fort de l’activité se situe dans la zone sous contrôle de la base militaire britannique.

La lumière et l’ombre sont partout à Chypre. L’un des principaux atouts d’A Rocha, puisé dans le fondement biblique de notre organisation, consiste en notre vision à la fois optimiste et réaliste du monde. Tout ce qui est bon nous réjouit car nous y voyons l’œuvre de Dieu qui est bonne. De la même façon, la pleine conscience de vivre dans un monde déchu nous attriste, mais nous ne sommes pas surpris des ténèbres du mal. Nous vivons toutefois avec l’espoir résumé en ces quelques mots au tout début de l’évangile de Jean : « La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas étouffée ». Nous savons que par Christ, le bien finira par triompher et que la lumière détruira les ténèbres. Dans le cas où nous serions amenés à travailler sur un projet chypriote, cet optimisme et ce réalisme sauront nous servir.

Traduction par Claire Sjaarda / Valérie Coudrain

Catégories: Cartes postales
Sur Chris Walley

Basé dans le sud de la France (à mi-chemin entre les deux centres français d’A Rocha), Chris travaille à mi-temps et coordonne nos projets scientifiques et de protection de l’environnement communs aux pays de la région méditerranéenne. Ceux-ci impliquent actuellement A Rocha France, A Rocha Liban et A Rocha Portugal, mais d’autres projets pourraient également voir le jour. Chris possède une licence en sciences et un doctorat en géologie. Il a travaillé en tant que consultant et géologue d’exploration pour des entreprises pétrolières et comme professeur d’université et maître de conférences. Chris s’est toutefois toujours préoccupé des questions environnementales. Il a passé huit ans au Liban (de 1980 à 1984 et de 1994 à 1996) et a contribué au lancement d’A Rocha Liban pendant son second séjour dans le pays. Durant le peu de temps libre qui lui reste, il aime écrire des œuvres de fiction mais aussi de théologie populaire et a co-écrit avec J. John un certain nombre d’ouvrages dont l’œuvre The Life: a portrait of Jesus (« La Vie : un portrait de Jésus »).

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